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Escapade monténégrine – Pâques 2022

Le Voyage


Saison 5 – Épisode 1 (13.04.2022) - Luxembourg

13 avril 2022, demain embarquement à Bruxelles pour le Monténégro. Je vais y passer 10 jours pour découvrir ce pays relativement discret sur la scène touristique et surtout me reposer. Depuis ma dernière escapade à moto, en septembre, au cap Nord, et entre la passation de pouvoir et le changement de mes activités professionnelles, je n’ai pas pris soin de réellement me reposer.

Avant d’expliquer pourquoi le Monténégro s’est révélé comme choix de destination, je dois dresser le tableau burlesque de mon départ.

Dernière réunion à 16h30 qui devait durer 30 minutes, mais durera 1h30. Ajoutée aux dernières broutilles à finir, je jette dans ma valise l’essentiel de mes affaires pour mes 10 jours de villégiature. L’heure tourne, me voilà à 19h passé ; je ferme ce maudit ordinateur, agrippe ma valise, prends ma valise photo et en route pour Bruxelles. C’est presque arrivé à Bruxelles que je me rends compte que je n’ai pris ni mon pantalon, ni mes chaussures. Dans la précipitation du départ, je ne me suis pas changé. Me voilà donc en survêtement et en croc pour partir en vacances. Heureusement que j’ai une petite matinée pour faire un shopping de dernière minute.

Mon shopping achevé en mode « express », mon esprit n’a toujours pas opté pour le mode vacances. A 1h du départ, je n’ai aucune excitation, j’ai le sentiment que le temps s’égrène comme un long fil continu sans rupture, sans brisure.

Pourquoi choisir le Monténégro ? Quelle mouche m’a piqué pour choisir cette destination ? Pour répondre à cette question, il faut remonter à fin février, le 24 pour être très précis. J’avais dans ma musette deux projets de voyage en moto en Septembre : le sud marocain ou le tour de la mer Noire, et pourquoi ne pas pousser la route jusqu’au Kazakhstan ? Fin février, le projet « tour de la mer Noire » a pris l’eau. J’étais pourtant assez satisfait d’avoir trouvé un ferry qui me transporterait d’Odessa en Géorgie. La traversée du Donbass ou son contournement me semblait soit improbable, soit un trop grand détour. Je me voyais déjà traverser la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et aller voir Bakou (car tout y est moins cher). Je pensais rentrer en longeant la frontière Turco-Iranienne et Turco-Syrienne et revenir avec plein de saveurs moyennes orientales. Je ne vais pas faire un grand dessin, mais ce périple est un soupçon contrarié actuellement. Le grand voyage en 2022 sera donc adapté en fonction de l’actualité. Cependant, le calendrier pascal, malgré la rudesse des deux dernières années et de l’actualité, m’offrait l’opportunité de prendre 10 jours de congés mérités.

J’ai gambergé pour trouver une destination originale. J’avais exclu les destinations plaisantes et classiques de saison, telles le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Grèce ou la Turquie pour une destination plus rare et pas trop lointaine. Quelque chose entre mer et montagne, dans le sud, en Europe continentale, et dans un rayon de 3h de vol autour de Luxembourg. L’option moto me semblait incompatible entre roulage conséquent et besoin de repos. L’option la plus évidente était d’explorer la côte est de l’Adriatique. Quatre solutions étaient possibles : la Croatie, connue touristique, parfois huppée, la Bosnie-Herzégovine pour ses 5 kilomètres de façade Adriatique, le Monténégro et l’Albanie. J’ai éliminé arbitrairement la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et l’Albanie. Il me restait donc le Monténégro. En fouillant un peu, on s’aperçoit que le Monténégro développe son tourisme, utilise l’euro comme monnaie, les prix y sont encore modérés, la nature est équivalente à la Croatie. Tout ressemble un eldorado à explorer et à découvrir avant que ce petit pays ne subisse la foire touristique.

Saison 5 – Épisode 2 - Podgorica

14 Avril, arrivée à l’aérodrome de Podgorica en fin de soirée. Les premières informations, à l’atterrissage, viennent de mon opérateur GSM qui m’informe des tarifs « data », SMS et téléphonique. Ils sont stratosphériques, donc mon GSM sera en mode avion et j’utiliserai le Wifi des hôtels pour mes communications. J’attrape un taxi pour me rendre à l’hôtel. Au premier coup d’œil, les faubourgs qui conduisent au centre-ville ressemblent à tous les faubourgs des villes occidentales : des grandes surfaces et des immeubles de hauteur moyenne.

Toutefois, deux détails détonnent. Le premier est le nombre de casinos, salles de jeux et officines de paris, et l’autre aspect est le concept développé par les Monténégrins autour du code la route. C’est toujours aisé de pointer ou moquer une différence, mais quand au bout de 5 minutes de route, le taxi fait un freinage d’urgence ajouté à un évitement d’obstacle pour éviter une voiture qui a décidé de s’arrêter en plein milieu d’un rond-point, c’est une entrée en matière intéressante. A ceci s’ajoute un léger gymkhana pour éviter une voiture arrêtée sur la voie après avoir fait moult dépassements par la droite – le ton est donné ! La place de l’Étoile à Paris, le centre de Bucarest, Naples, Rome ou Athènes présentent aussi leurs lots de conduites incisives, mais ici c’est particulier. Certes, ce n’est pas Bombay ou Calcutta, mais la diversité des situations qui se présentent m’indique qu’au volant une extrême vigilance s’impose. Dernier détail, je ne savais pas qu’il était possible d’arrêter sa voiture où on souhaite et que les plaques d’immatriculation étaient facultatives, et, parfois, même les parechocs sont absents.

L’hôtel est confortable et le restaurant offre une carte magnifique. La viande est d’un goût et d’une texture subtiles ; un niveau de qualité rarement atteint. Les légumes et le vin rouge sont sublimes. Ce premier contact avec le Monténégro est stimulant.

Saison 5 – Épisode 3 - Kotor

15 Avril, je prends possession de la voiture de location. La voiture a quelques bobos ; le système de contrôle de la pression des pneus ne fonctionne pas, mais cette Ford Fiesta, pour ses 120.000 kilomètres, marche du tonnerre de feu et le confort est très agréable. Je dois faire le plein, un agent à la station m’informe que les cuves sont vides « no bezin, no bezin » me sermonne-t-il en boucle. Deuxième station, idem. Je commence à penser à l’actualité ukrainienne et que les circuits d’approvisionnement en carburant s’épuisent. Le doute s’installe. Avec ¼ de plein, mes idées d’exploration du Monténégro se compliquent. Demi-tour, et la troisième station sera la bonne ; par sécurité, je remplis le réservoir au maximum.

Je m’engage en direction du nord, vers le monastère troglodyte d’Ostrog. Mon GPS décide de ne plus me guider. Je fais la navigation à l’ancienne, en suivant les panneaux en caractères latins - quand ils passeront à l’alphabet cyrillique, j’aviserai. Comme les travaux et les déviations se mêlent de la partie, je suis le trafic et m’adapte aux usages locaux. Comme la route est en construction, le trafic et les travaux se mélangent. Quand il y a une 4 voies en construction, parfois tu roules à contre sens, mais parfois c’est le trafic inverse qui s’invite sur ton sens de roulement. Ici, la circulation est guidée par le pragmatisme de l’instant. J’ai rapidement accepté le monde monténégrin : agilité, pragmatisme, audace et prudence.

L’accès au monastère d’Ostrog me gratifie d’une montée assortie d’épingles « tip-top ». Le pilotage est intéressant. Quand le trafic descendant, aux trajectoires hasardeuses, s’en mêle, tout ça devient fort pimenté et passionnant.

La météo est merveilleuse ; la température est douce et tout est baigné dans un généreux soleil. Le paysage aux alentours est calcaire, assorti d’une végétation basse, touffue, où se mêlent petits chênes, arbustes et maquis. Un esprit méditerranéen domine. J’y retrouve l’esprit massif du Plantaurel de mon Ariège natale. Une langue géologique calcaire qui bourgeonne en Ariège, se prolonge dans le Narbonnais, la Provence, l’Italie et va s’évanouir loin dans les méandres orientaux de la Méditerranée.

Généralement, la visite de sites ou lieux liés aux bondieuseries, m’ennuie terriblement. En touriste obéissant, j’ai décidé de visiter ce site repris sur tous les guides. Je pensais aller faire deux ou trois photos qui se retrouvent facilement sur le net, puis tourner les talons et poursuivre mon exploration. Que nenni ; ce monastère troglodyte a son caractère singulier. La face a été bâtie dans une cavité dans la montagne. Diverses chapelles y ont été bâties, et certaines sont si minuscules que seuls 2-3 fidèles peuvent s’y recueillir. De nombreuses parois sont ornées de peintures, comme des icônes orthodoxes. Elles sont fort bien conservées, colorées et magnifiques – un Lascaux orthodoxe, histoire de faire bondir les plus pieux lecteurs. Le grand miracle, ici, c’est comme à Lourdes. Le pèlerin, le fidèle aime à léchouiller la pierre, les icônes, apposer un baiser de-ci de-là, laisser sa main traîner comme une caresse. De mamie à papi, en famille ou en solo, ce grand échange de miasmes sous la bienveillance du tout puissant a tout pour faire un bon cluster Covid. Mais comme à Lourdes, le seul miracle possible, c’est que le handicapé, plongé dans la piscine, en ressorte avec des pneus neufs sur son fauteuil roulant.

Après cette agréable visite, je prolonge vers le nord jusqu’à Niksic pour reprendre la P-15 et redescendre vers Kotor. J’ai baptisé cette route « la route de la désolation ». Ce n’est pas la première fois que j’arpente des routes isolées ou confidentielles. De la Sardaigne à la Norvège, en passant par l’Islande, j’ai vu quelques zones dépeuplées. Mais il faut avouer qu’il n’y a pas une âme ou une habitation sur cette P-15. La route est pittoresque, belle, mais elle semble avoir été oubliée par l’homme. Je vois bien quelques maisonnettes éparses, mais c’est le sentiment de solitude et d’exclusion qui demeure. Après avoir roulé près d’une heure, dans la désolation, au milieu de nulle part, j’aboutis sur une route fraîchement sortie de terre. Le marquage au sol n’est pas fait et les bas-côtés sont encore grossiers, mais le gros œuvre est achevé. Elle est étonnamment large pour faire 3 ou 4 voies. Mais d’où vient-t-elle, que vient-elle désenclaver, quelle activité économique vise-t-elle ? Je n’ai que des questions et je laisse les réponses aux pontes du ministère des Transports. Mais si la route débute au milieu de nulle part, le goudronnage s’arrête aussi vite qu’il est apparu. Je roule maintenant sur de la caillasse damée, et je dégage un abondant panache de poussière derrière moi. Si la route débute dans un endroit improbable, elle s’arrête aussi net dans une zone tout aussi improbable. Le scénario est tellement cocasse que j’en ai raté une discrète bifurcation pour descendre sur Kotor.

Une fois arrivé à la jonction entre la P15 et la P1, la route devient plus large, la civilisation plus présente et cette descente vers Kopito est à retenir pour se faire une petite arsouille raisonnable en moto.

La P1 me conduit à Kotor par le haut de la corniche. La serpentine de Kotor est réputée comme une des plus belles routes d’Europe. L’appellation n’est, en effet, pas usurpée. Le belvédère qui domine le fjord de Kotor est somptueux ; le Stavanger n’a qu’à bien se tenir. C’est un moment en apesanteur, dont il faut certainement profiter hors saison. Je fais quelques photos, profite de cette fin de journée, savoure l’instant et pense à ceux qui devraient profiter de ce moment privilégié. La descente de la serpentine est un moment de conduite fantastique. La serpentine, c’est 25 épingles à flanc de montagne. Si tu t’es gargarisé parce que tu as fait le col de la Bonette, le Stelvio, le Gavia et d’autres « cols» réputés, bravo. Mais cette série d’épingles est un must qu’il manque au palmarès. Je pense que si le concepteur de la route avait fait appel à un Madérien, il aurait certes fait 2 fois moins de virages, mais il y aurait mis deux fois plus de pente. Ce qui m’amène à l’idée que, si tu as un ennemi, conseille-lui le tour du Monténégro à vélo. Cerise sur le gâteau, pour arriver à Kotor, tu as droit à 5-6 épingles de plus, histoire d’ajouter de la crème à la crème.

Mon hôtel, tout confort, se situe un peu au nord de Kotor, en bord de rivage. La vue est agréable, sereine et apaisante. Un air de riviera italienne demeure. Je profite du restaurant et rentre heureux après une belle journée.

Au soir tombé, la lune pleine déborde de la crête de la montagne. Tel un geste auguste, elle semble jeter une poignée d’étoiles pour bercer ma nuit.

Saison 5 – Épisode 4

Descente sur Kotor pour visiter la ville. Kotor est une ville moyenâgeuse, bâtie en pierre blanche et cernée par des murailles qui vont de mi-montagne jusqu’au front de mer. L’intérieur de la ville est un enchevêtrement de petites rues dominées par d’anciennes bâtisses de 3 à 4 étages. Les rez-de-chaussée sont essentiellement occupés par des échoppes, bars et restaurants. A Kotor, le chat est à l’honneur ; des musées lui sont dédiés et de nombreux artisans révèrent ce félin à travers bijoux, peintures et dessins. Déambuler dans les méandres de ces ruelles est intéressant, mais j’ai trouvé qu’il était compliqué de coucher en photographie l’âme de Kotor. La pression du marchand est peut-être trop présente à mon goût, mais la richesse historique de la ville est impressionnante. Ce premier contact avec Kotor s’achève au très bon restaurant le Galion.

Saison 5 – Épisode 5

Le ferry est un rituel de mes escapades. Cette journée n’échappera pas à la tradition. Le ferry traverse en 5 minutes le détroit de Kamenari et évite de parcourir tout le fjord de Kotor. Le vent s’est levé. Le temps a viré au gris, mais la température reste clémente. Quelques moutons donnent du relief à ce bout de mer, et de téméraires embruns arrivent à éclabousser la berge.

Le repas de midi se fera au moulin « Ćatovića Mlini » à Morinj. L’établissement est posé dans un grand jardin traversé par un ruisseau à l’eau cristalline. L’endroit appelle au calme et à la sérénité. On oublie qu’on se trouve à une encablure du front de mer. La salle principale est occupée par un mariage. Je mangerai donc dehors, mais avec une petite laine le repas sera très agréable dans ce havre de paix. Les nouveaux mariés se promènent dans le jardin et des photographes immortalisent cet instant. Il me semble que le marié a intérêt à profiter du jour car la mariée risque vite de se décoter à l’argus. Il n’en demeure pas moins que la table ici est excellente et le cadre très agréable.

Je pousse la route jusqu’à Herceg Novi en passant par Bakočila située dans la montagne. La route est cimentée et étroite. Vers son sommet, le ciment disparaît et je circule sur un chemin de terre. C’est un peu escarpé, mais rien d’insurmontable. Le ciment réapparaît pour la descente sur l’autre versant de la montagne qui offre un bon panorama sur l’entrée du golf de Kotor et l’Adriatique. Le paysage est plus vert de ce côté-ci. La côte aux environs de Herceg Novi est très balnéaire. Je n’ai pas trouvé, hors saison, dans ce front de mer l’atmosphère plus feutrée de Kotor où je réside. C’est assez déroutant qu’en quelques kilomètres et au détour d’un ferry, le Monténégro offre un visage radicalement différent. Le retour à l’hôtel se fera par la route côtière et via le ferry.

Saison 5 – Épisode 6

Ma nuit fut certes longue mais ponctuée par l’animation d’un colloque dont le thème était « Agriculture et transition énergétique ». J’y présentais trois axes de réflexion stratégique : une vue libérale où l’agriculteur est libre de ses choix dans un cadre réglementaire défini, une perspective où l’état fournissait gratuitement pendant une période quinquennale l’électricité et des tracteurs électriques afin d’assurer sa transition énergétique, dans ce scénario l’agriculteur restait libre de ses choix de production mais un pourcentage de sa production allait aux œuvres sociales. La dernière piste était la transformation de la production agricole en collectivisme. L’agriculteur devenait employé de coopératives. Je pense que l’hôtel est bâti sur un ancien cimetière de dirigeants communistes, et des ondes du passé sont venues perturber mon sommeil. Bordel de m…., je me réveille fatigué par ce débat d’idées.

Je tire les rideaux ; soleil et ciel bleu sont au rendez-vous et me permettent d’arborer un grand sourire après mon délire nocturne. Le programme de la journée est de faire le tour de la péninsule de Luštica et de visiter Budva.

Je ne me lasse pas de cette route côtière étroite, qui musarde au gré du rivage entre Kotor et le Ferry de Kamenari. C’est beau. Cette montagne calcaire qui vient baigner ses pieds dans ce fjord et les villages aux façades blanches avec leurs toits brique donnent un éclat joyeux au panorama.

Je traverse la péninsule de Luštica pour arriver au village (hameau) de Rose. Rose marque l’entrée de l’Adriatique dans la baie de Kotor. Rose est un petit coin de quiétude, peut-être troublé à la haute saison, mais c’est une essence de bienveillance qui s’en dégage immédiatement. L’endroit est fait pour la contemplation, la méditation ou l’expression artistique. Ce petit hameau semble retiré de la frénésie immobilière de la côte de Herceg Novi qu’on voit au loin. C’est un peu comme si l’esprit Suisse s’était posé au bord de ce morceau de la côte adriatique. Je poursuis mon exploration par la route sud de la péninsule. Tout est très authentique, loin de tout, le diapason du temps semble sonner juste. Je croise deux beaux cochons qui baguenaudent à l’entrée d’un hameau. Le vert se fait plus présent, les oliviers finissent par décorer ce tableau enchanteur. Le plus spectaculaire est la métamorphose entre la côte balnéaire et cette péninsule qui semble, pour l’instant, avoir échappé à l’ogre immobilier. Je sors ravi de cette boucle.

Je plonge vers le sud, vers Budva. Budva est, à mon sens, un paradoxe ; une ville tiraillée entre le passé et le présent. C’est à la fois une vieille ville fortifiée, les pieds dans l’Adriatique, une petite Dubrovnik comme l’indique mon guide, et, une station balnéaire que je situerais entre Blankenberg et Ibiza. C’est un peu un grand écart, parfait pour une discussion chez un thérapeute. Quelle image retenez-vous de votre petite enfance ? vous sentez-vous plus Budva ou New-York, plus accent aigu, accent grave ou circonflexe ? Je vous vois dans l’embarras, voulez-vous vous confier, allongez-vous et parlez-moi de ce tourment intérieur … J’avais bien dit que le soleil tapait bien fort aujourd’hui ! Mais cette péninsule de Luštica laisse un goût savoureux en mémoire.

Saison 5 – Épisode 7

Aujourd’hui, au programme, la route « du cochon » ou le tour du « port » au choix. La journée débute par la recherche d’une station qui distribue du Super 95. Hier soir, le pompiste à Kotor m’a chanté un refrain déjà connu « no bezin, no bezin in ‘h’all ». À l’écouter, je crois qu’il ajoute un « h » dans « all » (pour une fois que je peux en attraper un avec une histoire de ‘h’). La mission n’est pas si compliquée. À Tivat, à environ 10 kilomètres de l’hôtel, la station Eko distribue le précieux liquide. Me voilà paré pour la journée. J’emprunte le ferry, c’est mon rituel, et remonte la P11 jusqu’à Gravoho, puis bifurque sur la P23 pour rejoindre Njeguši.

Après le ferry, j’emprunte une excellente route qui conduit sur un plateau à environ 700 mètres d’altitude. Le plus saisissant est le contraste immédiat entre le fjord de Kotor et ce plateau très calcaire et sec, où se distinguent quelques champs de lavande, perdus parmi des bâtisses éparses. Je pense que c’est une particularité du Monténégro, un grand contraste de décors en peu de kilomètres. La P23 s’enfonce dans la montagne pour rejoindre Njeguši. C’est encore un autre paysage. Ici, l’ambiance est plus boisée. Le printemps est encore endormi et les différentes essences d’arbres semblent encore à l’heure hivernale. Sans bourgeons naissants, sans feuilles aux verts tendres, sans fleurs, ce manque de touches printanières fait dominer un monde minéral. C’est beau et frappé de sérénité. Sans présence humaine, ces paysages m’offrent une touche d’exclusivité. J’ai quand même croisé un âne qui flânait sur la route et un troupeau de moutons dans leur bergerie. À une semaine de la Pâques orthodoxe, j’ai bien peur que ce cheptel soit bientôt clairsemé.

Petite pause, restaurant, taverne le « Konoba », à l’heure espagnole à Njeguši. Njeguši est réputé pour son jambon sec fumé, le fromage, la charcuterie et les cochonnailles en général. Bojan m’accueille et m’installe à la table à côté de l’âtre. À près de 900 mètres d’altitude, je ne rechigne pas à profiter de ce feu de bois. Le pic au-dessus du village arbore encore d’abondantes traces de neige. La salle est décorée de jambons et saucissons qui pendent au plafond. J’échange avec Bojan mes premières impressions du Monténégro. Il m’indique que la route que je viens de parcourir représente le cœur de l’ancien Monténégro et que la ville de Cetinje, située à une vingtaine de kilomètres, était l’ancienne capitale du Monténégro. Mon ressenti et la perception que j’ai du pays est confirmée par Bojan – paysages variés en peu de kilomètres, bonnes tables et bons vins. Ici, les charcutailles sont divines, le cochon grillé super et le verre de rouge de très bonne facture. Le tout est rythmé au son du crépitement du feu de bois – c’est le « panard » ! J’en profite pour acheter des tranches de jambon et un morceau de fromage. Je me ferai un piquenique un peu plus tard.

La journée s’achève en réempruntant la serpentine de Kotor. La vue est toujours imprenable sur la baie de Kotor et l’Adriatique. Du belvédère, situé sur la corniche de Kotor à 930m d’altitude, au centre-ville, il y a 1,9 km à vol d’oiseau. Ce qui donne une idée de la route à parcourir en 25 virages. La vue panoramique offre le même ravissement qu’au premier jour et cette route est jubilatoire à négocier.

Saison 5 – Épisode 8

Journée Vivaldi, les 4 saisons sont au programme. Ce matin, un air automnal a drapé le fjord de Kotor. Des panaches de brumes escaladent la paroi, la crête se coiffe d’un ruban nuageux. La chaussée luit encore de la pluie tombée au petit matin. L’esprit d’automne s’est invité sur les rives de Kotor. Après un plantureux petit-déjeuner, j’emprunte la savoureuse serpentine en montée, ce qui m’offre une nouvelle perspective. On ne se lasse jamais des bonnes recettes !

Mon chemin me conduira jusqu’au mausolée de Pierre II « Petar II Petrovic-Njegos », situé au sommet du mont Lovćen qui culmine à environ 1600m. Avant d’arriver au sommet, la pluie matinale du bord de mer a saupoudré les hauteurs d’une petite neige. La voiture est encore équipée de ses pneus neige et les quelques kilomètres hivernaux sont avalés sans difficulté. Le dernier raidillon est parcouru entre deux beaux murs de neige. La brume et le vent s’invitent à la visite. J’enfile veste polaire et coupe-vent et me voilà paré pour visiter ce mausolée.

La visite dudit mausolée est pimentée d’une volée de 461 marches. 461 marches avec la condition physique d’une mouette asthmatique, c’est dur ! Néanmoins, une partie de la montée se fait à l’abri, dans une sorte de tunnel. Tu souffres, mais c’est à l’abri du regard narquois des corneilles qui tournoient pour te moquer. Tu remarques que les marches vont par paquets de huit, et sont suivies d’un palier. Les adeptes de l’octal sont ici aussi ! C’est un moyen d’occuper ton ascension (même si je suis à Pâques). Une fois l’épreuve surmontée, derrière une lourde porte, je suis accueilli dans un carré où trônent deux imposantes statues. J’ai l’impression d’être dans un temple assyrien dessiné par Lefranc. Derrière ces deux molosses, Pierre-II dans sa crypte, sculpté dans son marbre noir, épaulé d’un aigle te domine. Moi je souffle et suis bien content d’être à l’abri, car dehors la vue est bouchée et c’est frisquet. 461 marches, c’est uniquement pour la montée donc rebelote – mes quadriceps sont en béton !

Descente vers Cetinje (Цетиње). La route est plaisante et offre encore un autre panorama. Avant d’arriver, la vue panoramique sur la vallée montre l’étendue de Cetinje. La ville est bien plus imposante que je ne croyais. J’arpente la rue piétonne, artère principale de la vieille ville. Cette rue commerçante est longée de maisons de plain-pied où à un étage. Le parterre est fait d’un marbre lustré par le temps. De 13h à 16h donc tout semble un peu mort, car c’est la pause de mi-journée. Entre monastères, musées et parc, Cetinje est plaisante à découvrir sous ce léger soleil printanier.

Retour par Budva, cité balnéaire et touristique dominée par ses imposants immeubles de béton. Le temps y est estival. J’achève ainsi un cycle météo complet ; la boucle est bouclée. Je suis stupéfait de constater autant de différences dans un rayon de 20 kilomètres. Entre Kotor, le mont Lovćen, Cetinje et Budva difficile de croire que c’est un seul et même pays.

Saison 5 – Épisode 9

Journée de repos pour m’avancer dans mon travail et profiter des facilités de l’hôtel. Comme le temps est maussade, je n’ai aucun regret. A la mi-journée, Ryanair m’informe que, suite à un mouvement de grève du personnel navigant sur l’aéroport de Charleroi, mon vol de retour est annulé. Face à cet évènement inopiné mon « mind-mapping » s’active. J’aime cet exercice de « mind-mapping ». Mes amis qui me connaissent dans cet exercice savent que ça fuse ! Je dégage cinq à six hypothèses de retour. Elles vont de rester une semaine et télétravailler depuis le Monténégro à rentrer par Barcelone ou la Serbie avec une nuit sur place. Les options train et bus ont été exclues, mais la solution du ferry de Bar à Bari puis un vol depuis les Pouilles a été étudiée. En conclusion, le meilleur ratio coût/temps est de prendre un taxi jusqu’à Dubrovnik, puis de voler sur Francfort avant un retour au bercail. Une fois les réservations effectuées, je me récompense en profitant de la vue sur le fjord depuis sur la terrasse de la chambre, et accompagne ce moment d’un « toffee caramel » du restaurant, livré par le room service. Le toffee caramel est aussi délicieux que la serveuse qui dresse la table sur la terrasse. Pour ce qui est du « toffee caramel », c’est un tunnel de chocolat, fourré d’une crème légère, parfumée au cacao, et nourri en son cœur d’un beurre caramel salé. Ce petit moment de luxe est délicieux. La journée s’achève tranquillement - c’est bon le luxe !

Saison 5 – Épisode 10

Démarrage en souplesse, le temps est encore pluvieux jusqu’à la mi-journée, alors je profite d’étirer ce matin pour profiter de la piscine de l’hôtel. L’eau est particulièrement tempérée – si tu trouves l’eau froide, c’est que tu as de la fièvre ; si tu la trouves chaude, c’est que ta température corporelle doit être à 37°. Je décide de faire le tour du fjord en passant par le nord, ce qui me fait reprendre le ferry (yes!), et finir à Kotor. Ce tour est absolument superbe même sous ce gris bien soutenu. Arrêt à une boulangerie pour me bricoler un encas. La communication avec le vendeur et la vendeuse est sommaire. Les produits maisons sont alléchants. Les explications pour savoir si le produit est salé ou sucré, ou, si certains peuvent se manger chaud ou froid, restent compliquées. Après moults gestes, style sémaphore ou italien extraverti qui ne tient plus ses mains, je sors avec 3 articles et le tout pour 3€. Le ratio gestes prix est mal payé ! Si le prix est dérisoire, c’est « goûtu », un régal ! Petit parking face à la mer et voilà mon piquenique improvisé.

Retour sur Kotor pour revisiter la ville. Au pied du parking sur le front de mer, mouille un grand paquebot. La proue dépasse de l’immeuble avoisinant et bouche la vue, spectacle impressionnant ! Kotor en semaine, par ce temps un peu chagrin, un jour de Pâques orthodoxe est plutôt désert. C’est une aubaine pour avoir du recul sur les bâtiments et avoir une vue d’ensemble. C’est une chance inouïe. Cette ville est aussi mignonne que compliquée à coucher sur des photos. En attendant une heure décente pour manger, je vais au « Nitrox Pub » que j’avais repéré le premier jour. Le lieu est blotti sous une arche de pierre, à la sortie sud de la ville. Certes, le lieu est exigu, mais la carte des cocktails, alcools et bières est très sympathique et surtout la musique est de bon goût. Quand un bar joue du blues-rock et notamment du « John Mayall » enchainé avec du Led Zeppelin, tu sais que tu es dans un bon endroit. De surcroit, le volume sonore est adapté à la musique. Chaque arpège, chaque note s’envole dans la canopée de la partition, la clef de sol est un chariot céleste que tu enfourches pour t’emporter dans un étourdissant tourbillon. Ce lieu est un piège à temps, c’est facile de te poser là, d’enfiler quelques caïpirinhas, mojitos, et autres « piña coladas », te laisser bercer par la musique et laisser glisser facilement la soirée et la nuit jusqu’au soleil levant.

La raison m’a probablement extirpé de cet endroit pour aller me restaurer au « Konoba Scala Santa ». Le restaurant est constitué d’une petite salle voutée à la décoration maritime. Pour résumer brièvement – c’est bon !

Retour, à la nuit tombée, par la route côtière, aux contours toujours aussi agréables, pour rejoindre l’hôtel. Juste le temps de me glisser sous les draps et je sens le lit entamer une oscillation horizontale et légèrement elliptique. Ai-je une perte d’équilibre, ou un esprit coquin décide d’agiter mon lit façon film d’épouvante ? Quelques craquements de bâtisse, plus tard, je me rends compte que je viens d’essuyer un tremblement de terre, qui a dû durer 5 secondes. C’est une première pour moi. La lumière de l’autre côté de la rive a sauté, pas de sirène dans l’hôtel, personne dehors. J’hésite 5 minutes sur l’attitude à tenir et retourne dans mon lit. Face à cette surprise, je me rends compte que j’ai été très passif, par ignorance, avant d’appliquer les consignes de sécurité d’usage. Un rapide coup d’œil sur internet, l’épicentre est situé à 44 kilomètres en Bosnie-Herzégovine et l’intensité est de 5,7 degrés sur l’échelle ouverte de Richter. Je confirme : ça secoue ! Pas de dégâts, tout va bien ma nuit sera profonde et sereine.

Saison 5 – Épisode 11

Le temps est estival, tout le ciel est peint d’un beau bleu. Pour cette dernière excursion, je décide de parcourir la côte vers le sud et d’aller jusqu’à Bar.

Arrêt sur la corniche au-dessus de Sveti Stefan, qui offre probablement la meilleure vue sur ce « village-citadelle » privatisé. Sveti Stefan est un lieu incontournable du tourisme monténégrin. Ce bastion sur cette presque-île est très esthétique dans ce camaïeu de bleus et verts. Quelques kilomètres, plus loin, je bifurque au hasard pour profiter de ce radieux soleil et me poser sur une plage pour piqueniquer. Les victuailles achetées chez Bojan il a quelques jours honoreront noblement cet instant. Aujourd’hui, la station balnéaire de Canj fait un peu ville fantôme. Sur cet arc de plage, j’ai plus d’un kilomètre pour moi tout seul. Certes, quelques âmes y errent, mais c’est un sentiment de langueur qui domine. La plage est jonchée de gros galets charriés par les tempêtes d’hiver. Deux « beach bar » sont fermés et ressemblent à deux containers échoués. La vie semble encore recroquevillée comme un bourgeon avant d’éclore. Assis sur un tronc échoué là, je profite de l’excellent jambon et d'un morceau de fromage, assortis d’un pain aux céréales, acheté le matin, tout aussi bon. Je me fais rôtir la couenne au son de la mélodie des vagues qui roulent sur les galets et le sable.

Je poursuis ma route pour arriver à Bar, cité hybride qui mélange activité portuaire et balnéaire. À part son imposante église orthodoxe avec ses dômes dorés bien clinquants, la seule inspiration qui me vient est le dialogue de Bar: Un barbare barbu, mal bar, dans un bar à Bar barbotte avec un bar et la « Barbie tue Rick ».

Je remonte la route côtière pour rendre la voiture à l’aéroport de Tivat. Afin de profiter des derniers plaisirs maritimes, je m’offre un café à une terrasse ; la dolce Vita. Ultime fantaisie, je décide de me dégoter une petite crique pour rôtir un peu plus et profiter une dernière fois de la fragrance maritime. Quelques kilomètres après Petrovacna Moru, je plonge vers la crique de Perazica Do. La descente est raide, la route semble abandonnée, je sens le demi-tour mal emmanché. J’arrive directement sur une plage de galets, dominée par un immeuble de 16 étages abandonné, où seul le gros œuvre a été achevé. C’est impressionnant d’avoir construit une barre d’immeuble ou un hôtel, que j’estime à 250 chambres à cet endroit. Tout semble figé par un sortilège. Difficile de déterminer la cause de l’arrêt des travaux : problème administratif, environnemental ou faillite. L’endroit, dominé par cette bâtisse, est photogénique et impressionnant.

Finalement, j’arrive à l’aérodrome de Tivat pour restituer la voiture. Ceci m’évitera de faire, demain matin, un aller-retour à Podgorica. Comme je retourne la voiture à un autre endroit, le loueur m’informe que j’ai une pénalité qui se négocie de 150€ à 70€ puis 50€ (cash). Le pragmatisme a du bon. Retour en taxi à l’hôtel pour 10€. Le taxi n’est pas cher au Monténégro.

Dernière nuit, dernier repas, il semblerait qu’il y ait eu une réplique sismique dans la nuit. Personnellement, je n’ai rien ressenti, le sommeil du juste préserve du chaos.

Saison 5 – Épisode 12 - Kotor - Luxembourg

Suite aux changements d’avion, mon chauffeur, dans une rutilante Mercedes classe E dernier cri, vient me chercher à l’hôtel pour m’accompagner à l’aéroport de Dubrovnik. J’ai droit à la « play-liste » française avec « Douce France », du France Gall et « On ne lâche rien ». C’est toutefois moins douloureux que d’aller chez le dentiste. Après avoir collecté différents documents avant le passage des frontières, les passages en douane se font sans difficulté. Ce transport VIP y fait aussi beaucoup. Toutefois, je note que les Albanais sont bien contrôlés. Je demande à mon chauffeur si les contrôles pour les Albanais sont réguliers « il me répond que oui beaucoup d’Albanais vont en Italie », mais le petit rictus connote une autre arrière-pensée. Le service pour atteindre l’aéroport de Dubrovnik est premium et ainsi se termine cet épisode monténégrin.

Epilogue


Après ce transport premium, le retour via Francfort semblait se profiler sous les meilleurs auspices. Le vol de de Dubrovnik à Francfort fut serein et les 50 minutes de transit à Francfort s’annonçaient suffisantes. Je songeais que les deux vols Lufthansa arriveraient dans le même terminal. Nous atterîmes au terminal 1 et la correspondance fut au terminal 2. L’aéroport de Francfort est un important hub européen, donc très étendu. C’est donc la grande cavalcade dans d’infinis couloirs, pour sauter dans un métro automatique et re-galoper dans d’interminables couloirs. Je prends in extremis une carte d’embarquement, repasse la sécurité et arrive en nage à la porte d’embarquement. Je reprends mon souffle. Finalement l’avion aura une heure de retard. Cerise sur le gâteau ma valise restera à Francfort. Il est une heure du matin, je remplis le formulaire de réclamation, la journée devient longue. Je suis fatigué, mais heureux d’avoir fait un magnifique séjour. 27.04.2022, le retour de la valise clôture cet épisode monténégrin.

Conclusion


Le Monténégro est une destination surprenante par la différence des beaux paysages offerts en quelques kilomètres. Les gens sont accueillants. La cuisine est très bonne. La viande y est excellente. Le vin rouge ou blanc est fantastique. La nourriture au Monténégro est remarquable car peu de produits transformés sont encore utilisés. Majoritairement, tout est préparé à partir de produits de base venant d'un terroir de proximité. Pour les paysages, l'intérieur des terres et les environs de Kotor ont ma préférence pour leurs caractères authentiques.

Recommandations


Les routes immanquables


Les bonnes adresses


Se loger

Se restaurer

Visiter

Budget


Le Monténégro est une destination abordable.

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Crédits


Merci au groupe Reflex pour leur support et à D. Barbieux et P. Bechoux pour la relecture.